Un comble, c’est quasi dans la presse que les professionnels ont appris l’année dernière le lâcher à Sainte-Rose par le Cirad de larves de tenthrèdes cibdela janthina, originaires d’Indonésie, pour faire reculer la vigne marronne. Depuis ? Des résultats jugés plus qu’encourageants (voir la carte), avec une bonne progression de l’insecte - faussement baptisé “mouche bleue” - dont les larves se régalent du raisin marron. Mais les adultes ? Les apiculteurs pensent avoir la réponse. Ces derniers ont constaté la présence de l’insecte sur les fleurs, “en se nourrissant de nectar et de pollen”. Sont déjà concernés : les baies roses, les palmistes, cocotiers, longanis ou encore le jamrose.
Plus de vigne pour le miel
Des observations réalisées “depuis Saint-Philippe, jusqu’à Sainte-Anne”. Regroupée à Sainte-Rose, hier matin, la filière (Syndicat des apiculteurs, ARDA, coopérative miel...), parle d’une seule voix et fait part de ses craintes de voir l’insecte exotique concurrencer les abeilles sur une même ressource mellifère. “Le problème c’est la phéromone semée derrière elle par la mouche qui va ensuite éloigner les abeilles, le nectar est perdu”, précise Benoît Giraudet, président du Syndicat des Apiculteurs de la Réunion. Les adultes seraient également attirés par la ruche et le miel, cherchant à rentrer dans les colonies. Un phénomène vérifié sur le terrain, hier, dans une ruche de la Rivière-de-L’Est. Tout autour, ces mêmes insectes en train de se nourrir sur un massif de baies-roses... La défoliation déjà importante de la vigne sur le secteur a également entraîné “une perte de 40 à 100%”, chez certains apiculteurs qui produisent du miel de raisin marron. Un miel “très apprécié des consommateurs pouvant représenter jusqu’à 40% de la production de certains professionnels”, commente le président de l’ARDA (Association réunionnaise pour le développement de l’Apiculture), Jean-François Acquier. “Nous n’avons rien contre le Cirad ou la lutte biologique, mais tout le monde a toujours négligé les abeilles de façon générale”, poursuit-il. La filière veut désormais être prise au sérieux et demande une table ronde pour trouver des solutions et obtenir des réponses. Elle souhaite la plantation rapide de plantes indigène et mellifère sur les espaces libérés de vigne, comme l’autorisation d’amener leurs ruches dans le cœur du Parc national pour compenser le manque à gagner. En attendant, les apiculteurs s’opposent à tout nouveau lâcher... le temps d’y voir plus clair
P.M.
Le Cirad se dit “confiant”
Directeur de l’unité de recherche “peuplements végétaux et bioagression en milieux tropical” (Cirad/Université), Bernard Reynaud précise s’être déjà rendu sur le terrain “avec des apiculteurs et des particuliers, sans faire toutefois les mêmes observations”. À ses yeux, l’évolution des récoltes de baies roses et autres letchis devra être suivie de près dans les mois à venir avant de tirer des conclusions. Le scientifique se dit confiant, avec une concurrence “plus physique que chimique” de la tenthrède à ses yeux, car limitée dans le temps et géographiquement, selon l’avancée des larves. Et de préciser que la durée de vie de l’insecte est courte (une semaine), avec des besoins nutritionnels faibles. Reste des inquiétudes que le Cirad se dit prêt à “regarder de près”. En se disant favorable à la réunion d’une table ronde avec les collectivités et pouvoirs publics. Aucun autre lâcher ne serait par ailleurs prévu à court terme
De l’or pour le miel letchis
C’est avec une médaille d’or que la filière vient de rentrer de la Foire agricole de Paris. Une médaille décernée au miel letchis de Gérard Etheve, apiculteur à Petite-Île, dans la catégorie “Miel tropical clair”. Une récompense d’autant plus valorisante qu’il s’agissait de la première présentation de miels de la Réunion (forêt, letchis et baies-roses) au concours agricole.
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