Sa passion des butineuses, Anne-Marie Beaudoux la cultive jalousement. Après un long et studieux apprentissage des techniques de l'apiculture, l'étude des moeurs, des us et coutumes de ces insectes, elle vole désormais de ses propres ailes. Elle n'a d'ailleurs pas hésité une seconde à se rendre à la station de fécondation de l'Aquascope de Virelles (Belgique), pour intégrer les cours d'un apiculteur de dimension internationale, Hubert Guéria.
Membre de l'association Mellifica, qui éclaire les lanternes des apiculteurs, Anne-Marie est proche de l'excellence. Il suffit de l'écouter parler de ses colonies, des techniques utilisées, de ses récoltes de miel, bref de l'élevage de ses insectes dotés d'un système social aussi élaboré que fascinant et en voie de disparition, pour comprendre quelle passion l'anime. « La Thiérache est encore une zone protégée pour le moment, grâce au bocage qui préserve la diversité des fleurs. L'idéal pour préserver les générations futures, serait de ne pas arracher les haies, ni les pissenlits, car ils jouent un rôle clef pour le bon équilibre de l'écosystème, » confie Anne-Marie, dans son Rucher de l'aubépine, à Any-Martin-Rieux. Et d'ajouter, illico : « Actuellement, nous avons tous une épée de Damoclès au-dessus de la tête. On n'a jamais mis une laisse au cou d'une abeille. Elle butine toujours selon son bon plaisir. » Puis de citer Einstein, le poète des équations : « Si l'abeille disparaît, l'humanité en a pour quatre ans. »
L'abeille noire en Thiérache
Anne-Marie évoque le plus simplement du monde sa découverte de l'apiculture : « On m'a prêté un livre. J'ai mis mon nez dedans.
» Quelque temps plus tard, son mari, Benoît, lui achète ses premières ruches. Et Anne-Marie va de découverte en découverte. « L'apiculture est une ouverture au monde. Avec des échanges et des rencontres étonnantes. » Lors des visites guidées de son rucher et de son patrimoine apicole, qui est une véritable invitation au voyage à travers les âges anciens de la ruche, Anne-Marie émaille ses propos d'anecdotes croustillantes. « Le Mouvement de libération de la femme (MLF) a été inventé, il y a des millénaires, par les abeilles. De la reine dépend la vie entière de la ruche. Et ce sont ses filles qui y usinent. Le mâle de l'abeille mellifère, le faux-bourdon, les ouvrières le font naître pour qu'il féconde uniquement la reine. Après, il est mis dehors, car il devient une bouche inutile à nourrir. » Anne-Marie, qui affiche, à propos du miel produit, sa préférence pour la qualité plutôt que la quantité, défend ardemment l'abeille noire, celle qui se rencontre le plus souvent en Thiérache. Une passion qui n'a pas fini de bourdonner aux oreilles de ceux qui se piquent de curiosité. • GILLES BACLET (CLP)
> Renseignements : 06 10 36 37 06.



























